Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/06/2008

Incroyable mais vrai ! De la rumeur à la réalité de pandémie (3eme partie)

Le 20 juillet2008

La sonnerie de mon réveil mécanique déchire la brume de mon sommeil appesanti. Déjà trois heures du matin. C'est avec regret que je quitte la chaleur de ma couette.
Je descends les escaliers de ma maison silencieuse, je me précipite dans la cuisine, et comme un zombie, je  remplis la machine à café d'eau et de quelques doses de poudre. Pendant que le percolateur froufroute et crache son liquide noir stimulant, j'essaie de reprendre mes esprits, affalé sur une chaise en grignotant un morceau de biscuit  trouvé sur une table. C'est dur de se réveiller après trois heures de sommeil.
  
Hier, il était minuit quand j'ai éteint la lumière. Juste avant mon voyage au pays des songes, j'étais allé sur le site web de mon pays pour  voir si de nouvelles directives avaient été formulées depuis le début de l'épidémie de la grippe aviaire, et rien n'avait changé, comme s'il n'y avait jamais eu de pandémie. Une seule phrase  résonnait encore  dans mon esprit: " Le grand nombre de questions encore sans réponse concernant l'organisation des soins de première ligne lors d'une pandémie reflète dans un certain sens l'incertitude de la pandémie elle-même. Toutefois, les médecins généralistes sont des experts dans le maniement de l'incertitude, et ils sont dès lors bien placés pour s'adapter à un phénomène sanitaire imprévisible. Pendant une pandémie grippale, ils joueront plus que jamais un rôle central au sein de notre système de soins".
 
 Bon, je n'ai qu'une chose à faire: continuer mon travail jusqu'à.....on verra ...enfin je ne sais pas quoi .... Je bois lentement mon café tout en mangeant des biscuits trouvés dans une armoire. Ma femme et mes enfants  sont  partis à la campagne chez mes parents, possédant une  maison assez bien isolée. Les écoles du pays ont dû fermer leurs portes pour éviter que la contamination ne se propage encore plus.
 
 Mademoiselle Flore, patiente, ancienne secrétaire m'avait spontanément proposé ses services, pour assurer le secrétariat, c'est à dire répondre aux nombreux appels.
Beaucoup de gens sont affolés, car les grands magasins sont vidés, et ne savent plus  comment se procurer des vivres. D'autres demandent comment se procurer des médicaments contre la maladie, d'autres encore veulent prendre rendez-vous pour se faire vacciner contre ce virus de la grippe. De vaccins, il n'en existe pas encore, et il n'en existera pas encore avant 6 mois et l'antiviral Tamiflu n'existe plus en pharmacie.
 
Ma pharmacie du coin, tenue par trois braves dames, que je connais bien, a été attaquée hier par une bande de trois individus armés. Ils n'avaient pas reçu de réponse positive à leur demande, et se sont mis à démolir tous les rayons et annexes de la pharmacie pour découvrir du Tamiflu introuvable .Trois ambulances sont venues chercher ces trois braves dames lynchées avec une brutalité bestiale. J'avais les larmes aux yeux en croisant du regard les  visages tuméfiés  de celles que j'avais si bien connues dans le passé.
 
 L'horloge de la cuisine sonne 3 heures et demi,  et dans une demi-heure, mademoiselle Flore va arriver. Je me dépêche de vider mon café, de prendre ma douche, d'aller ouvrir les serrures spéciales de ma porte d'entrée, afin que, lorsque l’on sonne, je sois prêt.
 
 À 4 heures pile, mademoiselle Flore sonne, et à 4 heures 5, je débloque mon répondeur. Mademoiselle Flore et moi-même notons les visites à faire. Pendant mon absence, elle répondra aux différents appels et me pilotera dans les visites supplémentaires à encore faire pendant ma longue tournée. Nous sommes le vingtième jour de la pandémie, et je dois voir 30 familles de grippées et  faire 10 visites normales. À cela s'ajoutent les appels supplémentaires que mademoiselle Flore  me communiquera pendant mes trajets. Il est 5 heures et il fait déjà fort clair, car nous sommes le 10 juillet. 
Il est 5 heures et il fait déjà fort clair, car nous sommes le 10 juillet. Le ciel est bleu. La journée sera chaude, mais j'aime cela: cela me rappelle l'Afrique.
La rue est vide, je cherche ma voiture, je ne la trouve plus. Je ne me souviens plus où je l'ai stationnée hier soir.

 J'étais épuisé à minuit. Je me souviens que j'étais du côté de la gare à environ un kilomètre. Maintenant, il n'y a plus de travail, et les gens, obligés de rester à la maison, ont préféré stationner leur voiture le plus prêt possible de leur habitation. Alors il est difficile de se stationner  pour le corps médical. Enfin, je reconnais ma voiture, pas loin de la gare déserte.
La porte claque et je jette un coup d’oeil inquiet sur la jauge d'essence.
 
Première mission: me rendre à une adresse de la santé publique inconnue du public, pour faire le plein en comprimés de Tamiflu, et de Relenza.  Arrivé devant le bâtiment ad hoc, je vois que déjà de nombreux confrères ont stationné leur voiture n'importe comment, et font la queue devant un guichet sécurisé.  Mes confrères et consoeurs qui attendent  ont l'air avachis et ne se parlent pas.
 On dirait un troupeau de bestiaux menés à l'abattoir. Pourtant, on ne fait  que son devoir, et nous sommes des "experts dans le maniement de l'incertitude", a dit le site officiel " influenza.be " .
 J'ai pitié d'eux, ils ne s'y attendaient pas, et je me souviens de la phrase écrite sur le site officiel de grippe aviaire de notre pays: " En période pandémique, l'organisation des cabinets de médecins sera sérieusement mise sous pression, à cause d'une forte hausse du nombre de consultations accompagnée d'une diminution de disponibilité des médecins généralistes (on peut considérer que certains médecins seront eux aussi contaminés par la grippe). " 
 
 Une heure d'attente et me voilà reparti. Il est 6 heures 15, je fonce  vers la première famille d'un  grippé. Dans la voiture, j'écoute une partie des premières nouvelles du matin et j'entends la voix du premier ministre "....nous demandons à la population de rester calme, et d'avoir du bon sens et de la sagesse ....les ministres et moi-même ainsi que l'équipe d'experts faisons tout  pour aider la population dans cette situation de crise imprévue.  Cette pandémie est arrivée plus vite que prévue, aussi ferons- nous de notre mieux, le mieux que l'on puisse faire. ...." C'était un message du premier ministre depuis le centre de crise".  Ce que l'on ne dit pas, c'est que le centre de crise se trouve quelque part en Belgique, dans un endroit souterrain à l’ abris du virus H5N1 et des révoltes de la population
Le
s textes en rouge sont repris du site "influenza.be", rubrique "textes scientifiques", article intitulé:(28/04/2006): " Article paru dans la presse professionnelle: Première ligne en cas de pandémie de grippe".

 

Le 21 juillet 2008

J’ai définitivement abandonné ma voiture faute d’essence et de difficulté de stationnement. J’ai trouvé un terrain vague pour la ranger. Alors je fais comme avant, soit travailler  avec mon  vélo avec un sac à dos rempli de matériel et de médicaments.

On m’a demandé d’aller voir la situation de la maison de repos « Bel Air ».

Il faut beaucoup pédaler en côte pour y arriver.

Je suis content de voir ma course se terminer devant le grand bâtiment blanc.

D’un geste automatique  je pousse la porte, et je rencontre une résistance. Tiens, c’est fermé.  J’essaie encore et encore, et c’est peine perdue. Alors je vais frapper au carreau, où se trouve le bureau des infirmières. Une fois, deux fois ….et  j’entends très faiblement une voix me répondre : « J’arrive ». La porte d’entrée est secouée par le maniement de la clé, et je reconnais  la  brave Athinaï, une aide soignante grecque. Bon Dieu, comme elle a changée, elle est méconnaissable avec ses traits tirés.

Elle me dit tout de go : tout le monde est parti Docteur.

Je lui demande naïvement : « Les résidents » ?

Elle me répond  dans un long soupir : « Non, toutes les infirmières, les kinés, le directeur, les cuisiniers , ils sont tous partis, tous, tous, tous. Il y a encore Dimitri le technicien, lui est resté, il m’aide, il fait un peu de cuisine, il est gentil lui, il a du cœur ….. ».

 Et Athinaï s’est mise à pleurer.

Je lui dis alors « Bon, Athinaï, vous n’êtes plus seuls Dimitri et toi, maintenant nous sommes trois, nous allons faire la bonne équipe. »

Athinai me répond : «Tu ne sais pas encore docteur, il faut aller voir aux étages, on a des morts et des mourants ».

 Dimitri arrive : « Ah, mon Docteur, je t’ai vu à la Télé  il y a… ».

 D’un geste de la main je balaye ce souvenir lointain et inutile.

Je réponds«  Bon, on va aller aux étages ».

Dimitri me dit essoufflé : « On a condamné l’ascenseur car il y a des pannes de courant dans la ville, et c’est trop dangereux de prendre l’ascenseur ».

Je réponds : « Pas de problème ; on est jeune et on fera bien tous les 9 étages  à pieds ».

Je commence par le bas, soit l’étage -1. Une odeur acre de....... me prend à la gorge lorsque je franchis la porte coupe- feu du – 1.

Je marche vite. Athinaï et Dimitri sont essoufflés. Je me rends compte que je tourne en rond, car je suis ému, je connais si bien les lieux et les patients.

« Allons voir Mademoiselle Doppagne.

 "Elle vit encore", me crie dans le dos Athinaï.

Je frappe à la porte. Une petite voix répond : « C’est qui ? » « C’est le docteur ».

J’entre et je vois la demoiselle amaigrie trônant dans son fauteuil relax.

Je lui lance un joyeux « comment allez- vous mademoiselle ?». Elle me répond fièrement : à part les repas et les médicaments que l’on ne m’apporte plus, tout va bien. Et vous, Docteur, il semble que vous avez l’air fort fatigué  ».

Je lui réponds  avec énergie : « Un petit peu Mademoiselle, mais cela va  bien ».

« Je vous reverrai bientôt,  Mademoiselle ».

Je ressors de la chambre et à la suite de Dimitri et d ’Athinaï , je et je repars à leur suite pour aller affronter le pire.

Un temps d’arrêt dans un couloir et Dimitri me signale qu’il a entendu à la radio que l’eau n’était plus potable. Il pense avec justesse la faire bouillir pour la stériliser, mais il me signale qu’il y  a des coupures de gaz. Je lui signale que c’est normal qu’il y ai des coupures de gaz, d’eau et d’électricité car le personnel attaché à ces services est fort réduit.

Il me retient encore une fois par la manche avant d’affronter les couloirs de l’horreur, pour me dire  qu’il a entendu dire qu’il n’y aurait plus de radio, ni de télévisions. Je lui réponds que c’est inévitable puisque les personnes ne peuvent pas se regrouper, et cela  pour éviter la dissémination de la maladie, et de plus tous les personnels de toutes les entreprises, sont à la maison ou malades.

Pendant 3 heures nous  passons de chambre en chambre, pour réconforter les malades.

Pour moi également cela  me permet d’élaborer un plan d’action, pour répondre au mieux à tous ces problèmes que je classe en 5 catégories : protection  et surveillance des personnes non atteintes, soin des personnes avec des signes débutant de grippe, soins des malades avec complications infectieuses bactériennes,  médecine palliative, et problème des décédés. 

Ensuite, il faudra que je m'attaque rapidement au problème d’approvisionnement en nourriture et médicaments.

Finalement, je m'applique à donner une marche à suivre à Dimitri et Athinaï jusqu’à ma prochaine visite du lendemain.

 Les 4 heures passées dans la maison de repos furent très  pénibles…….trop dures à raconter......

Mon GSM sonne, j’entends la voix chaleureuse de ma secrétaire improvisée Mademoiselle Flore :

«Cela  va Docteur, il faut se dépêcher, il y a encore beaucoup de malades à voir, je vous donne la liste ….. ».

Je salue mes compagnons de misère  Dimitri et Athinai, en leur lançant un vibrant « à demain, sans faute ».

 Je sors dans la rue, et je fais un bon de côté, effrayé par un rat fouinant dans les sacs poubelles éventrés, trainant depuis longtemps sur le trottoir.

 Je suis  content de filer maintenant les cheveux au vent, le sac au dos sur ma bicyclette…….mais vers quel destin ?

A Dieu va…je suis Docteur dans l’âme….alors….il n’y a rien d’absurde à ce que je fais…espérons d’avoir l’énergie et la santé d’aller jusqu’au bout du tunnel…….. ?

                                                        

                                      

 

                                             

Les commentaires sont fermés.