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09/04/2008

CELA N'ETAIT PRÉVU .........


La sonnerie de mon réveil mécanique déchira la brume de mon sommeil appesanti. Déjà trois heures du matin . C'est avec regret que je quittai la chaleur de ma couette.
Je descendis les escaliers de ma maison silencieuse, je me précipitai dans la cuisine, et comme un zombie, je  remplis la machine à café d'eau et de quelques doses de poudre. Pendant que le percolateur froufroutait et crachait son liquide noir stimulant, j'essayais de reprendre mes esprits, affalé sur une chaise en suçant un morceau de biscuit  trouvé sur une table. C'est dur de se réveiller après trois heures de sommeil.
  
Hier, il était minuit quand j'ai fermé la lumière. Juste avant mon voyage au pays des songes, j'étais allé sur le site web de mon pays pour  voir si de nouvelles directives avaient été formulées depuis le début de l'épidémie de la grippe aviaire, et rien n'avait changé, comme s'il n'y avait jamais eu de pandémie. Une seule phrase  résonnait encore  dans mon esprit: " Le grand nombre de questions encore sans réponse concernant l'organisation des soins de première ligne lors d'une pandémie reflète dans un certain sens l'incertitude de la pandémie elle-même. Toutefois, les médecins généralistes sont des experts dans le maniement de l'incertitude, et ils sont dès lors bien placés pour s'adapter à un phénomène sanitaire imprévisible. Pendant une pandémie grippale, ils joueront plus que jamais un rôle central au sein de notre système de soins".
 
 Bon, je n'avais qu'une chose à faire: continuer mon travail jusqu'à.....on verra ...enfin je ne sais pas quoi .... Je bus lentement mon café tout en mangeant des biscuits trouvés dans une armoire. Ma femme et les enfants  étaient partis à la campagne chez mes parents, possédant une  maison assez bien isolée. Les écoles du pays avaient dû fermer leurs portes pour éviter que la contamination ne se propage encore plus.
 
 Mademoiselle Flore, patiente, ancienne secrétaire m'avait spontanément proposé ses services, pour assurer le secrétariat, c'est à dire répondre aux nombreux appels.
Beaucoup de gens étaient affolés, car les grands magasins avaient été vidés, et ne savaient
plus  comment se procurer des vivres. D'autres demandaient comment se procurer des médicaments contre la maladie, d'autres encore voulaient prendre rendez-vous pour se faire vacciner contre ce virus de la grippe . De vaccin, il n' en existait pas encore, et il n' en existerait pas encore avant 6 mois et l' antiviral Tamiflu n'existait pas en pharmacie.
 
Ma pharmacie du coin, tenue par trois braves dames, que je connaissais bien, avait été attaquée hier par une bande de trois individus armés. Ils n'avaient pas reçu de réponse positive à leur demande, et se sont mis à démolir tous les rayons et annexes de la pharmacie pour trouver du Tamiflu introuvable .Trois ambulances sont venues chercher ces trois braves dames lynchées avec une brutalité bestiale. J' avais les larmes aux yeux en croisant du regard les  visages tuméfiés  de celles que j'avais si bien connues dans le passé.
 
 L' horloge de la cuisine sonna 3 heures et demi ,  et dans une demi-heure, mademoiselle Flore allait arriver. Je me dépêchai de vider mon café, de prendre ma douche, d' aller ouvrir les serrures spéciales de ma porte d'entrée, afin que, lorsque celle-ci  sonnerait, je puis être prêt .
 
 À 4 heures pile, mademoiselle Flore sonne, et à 4 heures 5, je débloque mon répondeur. Mademoiselle Flore et moi-même notons les visites à faire. Pendant mon absence, elle répondra aux différents appels et pilotera les visites supplémentaires pendant ma longue tournée. Nous sommes le vingtième jour de la pandémie, et je dois voir 30 familles de grippés, et 10 visites normales. À cela s'ajoutent les appels supplémentaires que mademoiselle Flore  me communiquera pendant mes trajets, et mon GSM sera mis en charge permanente dans ma voiture.
  
Il est 5 heures et il fait déjà fort clair, car nous sommes le 10 juillet. Le ciel est bleu. La journée sera chaude, mais j'aime cela: cela me rappelle l'Afrique.
La rue est vide, je cherche ma voiture, je ne la trouve plus. Je ne me souviens plus où je l'ai stationnée hier soir. J' étais épuisé à minuit. Je me souviens que j'étais du côté de la gare à environ un kilomètre. Maintenant, il n'y a plus de travail, et les gens, obligés de rester à la maison, ont préféré stationner leurs voitures le plus prêt possible de leur habitation. Alors il est difficile de se stationner pour le corps médical. Enfin, je reconnais ma voiture, pas loin de la gare déserte.
La porte claque et je jette un coup d'oeil inquiet sur la jauge d'essence.
 
Première mission: me rendre à une adresse de la santé publique inconnue du public, pour faire le plein en comprimés de Tamiflu. Arrivé devant le bâtiment ad hoc, je vois que déjà de nombreux confrères ont stationné leur voiture n'importe comment, et font la queue devant un guichet sécurisé.  Mes confrères et consoeursqui attendent. Ils ont l'air avachis et ne se parlent pas.
 On dirait un troupeau de bestiaux menés à l'abattoir. Pourtant, on ne fait  que son devoir, et nous sommes des "experts dans le maniement de l'incertitude", a dit le site officiel " influenza.xe " .
 J'ai pitié d'eux, ils ne s'y attendaient pas, et je me souviens de la phrase écrite sur le site officiel de grippe avaire de notre pays: " En période pandémique, l'organisation des cabinets de médecins sera sérieusement mise sous pression, à cause d'une forte hausse du nombre de consultations accompagnée d'une diminution de disponibilité des médecins généralistes (on peut considérer que certains médecins seront eux aussi contaminés par la grippe). " 
 
 Une heure d' attente et me voilà reparti. Il est 6 heures 15, je fonce  vers la première famille d'un  grippé. Dans la voiture, j'écoute une partie des premières nouvelles du matin et j'entends la voix du premier ministre "....nous demandons à la population de rester calme, et d'avoir du bon sens et de la sagesse ....les ministres et moi-même ainsi que l'équipe d'experts faisons tout  pour aider la population dans cette situation de crise imprévue.  Cette pandémie est arrivée plus vite que prévue, aussi ferons- nous de notre mieux, le mieux que l'on puisse faire. ...." C'était un message du premier ministre depuis le centre de crise".  Ce que l'on ne dit pas, c'est que le centre de crise se trouve quelque part en Bilgeque, dans un endroit souterrain à l'abris du virus H5N1 et des révoltes de la population.
PS: D'autres chapitres suivront si la censure me le permet......????
Les textes en rouge sont repris du site "influenza.be", rubrique
"textes scientifiques", article intitulé:(28/04/2006): " Article paru dans la presse professionelle: Première ligne en cas de pandémie de grippe" .